Au même moment j’ai rencontré un nouveau personnage, une institutrice qui s’appelait Léone Chabas. Nous avons eu une très longue amitié.
Mon père était paysan, son mari était paysan. Il était né dans une maison à 200 mètres de celle de mes parents, donc on étaient très voisins, mais on ne se fréquentait pas parce que les deux propriétés étaient séparées par un ruisseau assez large pour qu’on ne puisse pas le sauter. C’est important la géographie…
Ce paysan était marié avec une institutrice qui était passionnée de peinture et de musique.
Sur 1 000 habitants, ans ce village, on était deux à s’intéresser à ce genre de choses.
Ils m’emmenaient avec eux pour écouter des concerts !
Avant et après la guerre de 40, il n’y avait quasiment pas de salles et très peu de tournées. Seulement de temps en temps, il y avait une salle à Marseille où on donnait par exemple des cantates de Bach. Ces gens achetaient un billet pour moi et m’invitaient. Ils m’emmenaient dans une vieille voiture pourrie, on allait à Marseille écouter Bach, c’était miraculeux !
Madame Chabas avait des livres de peinture classique, elle n’était pas tout à fait moderne.
Quand elle me montrait les tableaux de Rembrandt, ou de n’importe qui, j’y trouvais une preuve d’existence très importante, très forte. Je ne doutais absolument de rien, je faisais partie de ce monde. J’étais peintre, c’était naturel.
Plus tard, je l’ai engagée à découvrir la peinture récente. On a échangé nos découvertes. C’était formidable.
Paul COUPILLE (monographie, page 8)
