La découverte de la peinture

Au collège, vers 16 ans, j’avais été surpris en train de dessiner au lieu de travailler et le surveillant m’avait demandé de le rejoindre dans sa chambre. Je m’attendais à une punition exemplaire ! Georges Rouveyre, ce merveilleux bonhomme, au lieu de me punir, m’a montré des reproductions de Braque, de Bonnard, de Rouault, et j’ai découvert la peinture !

La première vision que j’en ai eue, c’est au travers des livres que cet homme m’a donnés. Et ça m’a bouleversé complètement. Quand j’ai découvert l’existence de la peinture, je peignais déjà ! Simplement avant, j’étais dans une sorte d’obscurité mentale.

Je n’ai pas décidé d’être peintre, j’ai toujours peint.

Peindre est un besoin fondamental. Assez récemment, j’ai eu, peut-être une fatigue, peut-être un désespoir, peut-être un manque d’envie de vivre, je n’ai pas pu peindre pendant des mois. J’étais en bon état : je rigolais, je mangeais, tout allait bien… Mais j’étais absolument incapable de peindre et je n’étais pas heureux : je n’étais pas bien, je n’étais jamais bien.

Tout d’un coup, la veille de Noël, j’ai pris une toile et j’ai commencé à peindre. Je n’ai plus arrêté, Et j’étais heureux ! Je ne sais pas si on peut dire « heureux »… Mais je vivais, j’étais rempli, mon être était plein de moi. J’étais. Je vivais en plein, je vivais complètement. Je n’avais plus de problèmes, ni de faim ni d’amour, ni de chaud ni de froid : aucun problème ne pouvait m’atteindre. J’étais satisfait. Ce n’est peut-être pas une bonne solution que d’être satisfait. D’ailleurs, ça s’est vite arrêté – heureusement !

Je crois que je n’ai jamais rien fait passer avant la peinture. J’ai tout sacrifié à cet exercice travail, famille, patrie ! II est passé avant tout le reste.

Je n’en ai aucune véritable satisfaction, c’est totalement gratuit, c’est pour boucher cette espèce de vide permanent, c’est certainement maladif… Mais une bonne maladie !

Paul COUPILLE (monographie, page 6)