Première peinture

Mon premier souvenir de peinture, c’est cette copie de carte postale.

C’est la première peinture que j’ai faite sous le nom de « peinture », avec des pinceaux, un carton à peindre, tout le matériel et l’odeur. J’avais 10 ans…

La carte postale appartenait à mon oncle. Il était « peintre amateur ». il réalisait des petits tableaux. Il recopiait des cartes postales.

Il m’avait prêté sa boîte pleine de petits tubes de peinture à l’huile. Pour cette première toile, qui était en réalité un petit bout de carton, j’avais utilisé la moitié de sa provision parce que j’avais mis beaucoup de couleur !

Cet oncle était merveilleux, il était un peu le porteur des rêves de la famille. Son père était mort à la guerre de 14-18 et sa mère, veuve, avait élevé ses deux enfants, mon père qui était l’aîné, et mon oncle qui avait dix ans de moins. La famille s’est dévouée pour offrir des études à cet oncle qui avait une vocation : il voulait être aviateur.

Il a entrepris des études couronnées par un brevet de pilote. C’était bien avant la guerre de 40.

À ce moment-là, un ministre, vraisemblablement, a fait passer un règlement qui ordonnait que le pilote qui casserait plus de trois appareils serait limogé. Mon oncle a cassé plus de trois appareils. Ça veut dire qu’il apprenait à voler et que, comme il était plus audacieux que d’autres, on l’a limogé. Et il s’est trouvé, à 20 ans, sans boulot. Il y avait dans le village, un bonhomme qui faisait plus où moins de la politique… Il a obtenu que mon oncle trouve une place dans le métropolitain. Et il est rentré comme poinçonneur dans le métro ! Après ses redoutables études d’aviateur, il est devenu chef à la station Porte-de-Versailles et a passé sa vie sous terre… C’est un itinéraire d’aviateur fabuleux !

C’était un type merveilleux. Quand j’étais enfant, il m’apportait des plans d’avions et j’allais avec lui dans les champs essayer de faire voler ces modèles réduits. En même temps, il taquinait la palette. Moi, j’ignorais que la peinture existait en dehors de lui.

Ce qui est amusant, c’est que sur la première carte postale que j’ai choisi de recopier il y avait une colline, un arbre, la mer – c’est-à-dire tout ce que j’allais exploiter tout au long de ma vie. Je n’imaginais pas que je passerais mon existence à tourner autour de ces thèmes-là.

Donc, dès l’âge de 10 ans, j’avais déjà choisi, sans le savoir, bien sûr.

Paul COUPILLE (monographie, page 4)